Appel à témoins : à la recherche des escargots perforeurs en Franche-Comté

jeudi 1er août 2013 par Jerome

Le phénomène de perforation biogénique des roches calcaires est assez connu par les géologues. De nombreux sites à perforations par des mollusques marins bivalves sont rependus et constituent un excellent marqueur paléogéographique des anciennes lignes de rivages, c’est le cas notamment lors de la transgression miocène dans la vallée du Rhône mais également dans le massif jurassien au niveau du synclinal des Verrières de Joux (Rangheard et al, 1985). Cependant, ces perforations ne doivent pas être confondues avec celles faites par d’autres mollusques, bien terrestres et actuels que sont nos escargots (principalement des genres Cepaea et Helix).

Un phénomène “redécouvert.”

En effet, le phénomène de perforations biogéniques des roches par les escargots terrestres, fut découvert dès le XIX siècle par différents naturalistes français en Italie (Prevost, 1842 et 1854) et en France dans le Boulonnais (Bouchard-Chantereaux, 1861). Au cours de l’année 2000, sur le Massif karstique d’Arbas (Haute Garonne), ce phénomène fut observé conjointement par Daniel Quettier et Viorel Horoi lors des travaux de la thèse en hydrologie karstique de ce dernier. De nouvelles prospections de la part de Daniel Quettier, ont révélées à Prat-Bonrepaux en Ariège une barre rocheuse de 100 m2 entièrement perforée (Quettier, 2011) (Fig 1).

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Figure 1 : Exemple de perforations (Prat-Bonrepaux, Ariège) .

Un phénomène international ! ...et le massif jurassien alors ?!.

Plusieurs publications en font état et attestent la véracité de ce phénomène dans presque toute l’Europe ainsi qu’en Algérie (Bretonnière, 1888). Bien que les espèces, les lieux, les climats et la végétation diffèrent, on retrouve toujours les mêmes perforations creusées dans des conditions très similaires sur les massifs karstiques. La France possède de nombreuses régions naturelles à substrat calcaire, cependant les sites recensés sont peu nombreux (Fig 2.) et ils se cantonnent aux Pyrénées Centrales ainsi qu’ au Nord Pas de Calais (Bois des Roches). Le massif jurassien de par l’abondance de ses affleurements calcaires et sa pluviométrie importante constitue, à priori, un excellent candidat pour l’observation du phénomène (Fig 2.). Cependant, il n’a pas encore été reporté dans notre terre comtoise.

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Figure 2 : Carte de localisation des sites reconnus en France.

Caractéristiques

Les perforations ont des caractéristiques très bien établies. En Angleterre, à partir d’observation faites dans une soixantaine de sites situés dans le massif karstique de Mendip, Stanton (1986) établit une séquence de développement des perforations allant d’un stade initial dit de "grattage" jusqu’au stade du "Nid d’abeille" (Fig 3, 4 et 5).

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Figure 3 : Sequence de développement des perforations d’après Stanton (1986). a) stade initial, b) simple trou, c) trou complexe, d) criblage ou "Nid d’abeille"

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Figure 4 : Stade de développement dit "en nid d’abeille". Notez la présence d’escargots dans une loge.

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Figure 5 : Stade "simple trou" sur strate calcaire en surplomb.

Il établit les principales caractéristiques des perforations :

1- Elles ne se trouvent que sur les roches carbonatées dures généralement ayant une masse importante et uniquement sur les surfaces verticales ou sub-verticales à l’opposé des intempéries.

2-Elles partent toujours du bas vers le haut, jamais l’inverse, de ce fait l’eau ne peut envahir les galeries. On peut trouver des galeries qui débouchent sur la partie supérieure des lapiés, mais l’origine de la perforation est toujours sur la partie inférieure.

3-Les perforations sont souvent observées sur les roches en surplomb où les herbes hautes venues du sol permettent un accès à la paroie pour les escargots.

Après calcul sur une carrière d’extraction de blocs calcaires dont l’exploitation commença 200 ans auparavant, il estima que la vitesse moyenne de perforation est de 15 mm en 100 ans. Le diamètre des perforations varie de 2 à 3 cm et ne présente pas de rétrécissements à l’intérieur des loges.

Par cet article, nous lançons un appel aux lecteurs afin de nous aider à recenser (si ils existent) les sites à perforations biogéniques d’escargots en Franche-Comté et particulièrement dans le massif jurassien.

Ainsi chers lecteurs, si vous observer des perforations de ce type lors de vos balades naturalistes, veuillez si possible noter le lieu et prendre des photographies, puis me contacter à cette adresse courriel : jerome.juilleret shnd.fr

REFERENCE :

BRETONNIERE J., 1888. Perforation de roches calcaires par des escargots. Comptes rendus de l’Académie des Sciences, 107 : 566-567.

BOUCHARD- CHANTERAUX N., 1861. Observations sur les hélices saxicaves du Boulonnais. Annales des Sciences Naturelles, 16 (4), 197-218.

PREVOST C., 1842. Roches calcaires percées par des Hélices. Société philomatique de Paris, séances du 2 Avril 1842, p 32-35.

QUETTIER D., 2011. Observations on the saxicavous habits of Cepaea nemoralis. Biodiversity Journal, 2 (4) 179-184.

RANGHEARD Y., DEMARCQ G., MONGEREAU N., PHARISAT A., POUYET S. et TRUC ., 1985 Le miocène du Val des Verrières et du Bief fes Lavaux (Jura central, Haute Chaîne) : évènements paléobiogéographiques et géodynamiques, Geobios 18, 6.

STANTON W.I., 1986. Snail holes ( Helixigenic cavities) in hard limestone an aid to the interpretation of karst landforms . Proceedings of the University of Bristol Spelaeological Society, 17 (3), 218-226.

Je remercie chaleureusement Daniel Quettier pour m’avoir fait découvrir ce phénomène et pour la mise à disposition des photographies pour la rédaction de cet article. Toutes les informations détaillées sur ce phénomène ainsi que les publications depuis les années 1800 sont disponibles sur le site de Daniel Quettier http://helixigenic-karst.blogspot.com


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